Lors de mon chemin en Espagne, en juillet et août, je n’ai pratiquement jamais dormi en albergue.

Pourquoi j’aime dormir dehors ?

Mes motivations n’ont pas beaucoup changé depuis le chemin du Puy l’an dernier… Si je dors dehors, c’est surtout :

  • pour me sentir libre de marcher jusqu’à la nuit sans rien planifier
  • pour rester en contact avec la Nature jour et nuit
  • pour rester sur le chemin 24 heures sur 24, vivre sur le chemin, me laver sur le chemin, manger sur le chemin, dormir sur le chemin
  • pour bénéficier des plus beaux panoramas pour me coucher et me réveiller
  • pour regarder les étoiles et le lever de soleil depuis mon lit
  • pour dormir profondément la nuit (avec du calme et de l’air frais) et tard le matin (le soleil ne se lève qu’à 7 heures en été en Espagne).

Dormir à la belle étoile sur le Camino Francés

Comment choisir son endroit de bivouac ?

Contrairement à l’an dernier, en France, je ne m’inquiète plus du tout de trouver un toit pour dormir. Je me couche simplement au bord du chemin, à même le sol, dans un endroit qui me plait.

Dormir à la belle étoile sur le Camino Francés Dormir à la belle étoile sur le Camino Francés

 

Quelques conseils :

  • éviter les villes et les grosses étapes « du guide » (surtout sur les 100 derniers kilomètres avant Santiago)
  • choisir un point en hauteur, face à l’ouest (soleil couchant) et abrité de l’est (pour dormir tard le matin)
  • prévoir un toit en cas de menace de pluie
  • dormir sous un gros arbre en cas de forte rosée
  • se faire un matelas avec de la paille fraiche si on en trouve dans les champs
  • loger contre une église romane ou dans les ruines d’un ancien hospice pour pèlerins, pour les bonnes ondes
  • se coucher pas trop loin du chemin, mais pas trop près non plus sinon bonjour le réveil au son des cliquetis de bâtons dès 5h30

…et le top du top : un petit bar sympa pas loin, pour terminer la soirée avec un verre de vin et démarrer dès le réveil avec un café con leche !

En pratique :

L’équipement de base du pèlerin-campeur-sauvage est basique :

  • un sac de couchage bien chaud (indispensable ! le mien va en théorie jusque -2 degrés), léger et compact (les plumes sont chères mais se révèlent un excellent investissement)
  • un sac de soie pour emballer le duvet et éviter de le salir (protection contre la rosée aussi)
  • un petit matelas gonflable ou tapis de gym pour le confort et l’isolation
  • un sac de tissu avec mes vêtements de rechange me sert d’oreiller.

Dormir à la belle étoile sur le Camino Francés Dormir à la belle étoile sur le Camino Francés

Les petites astuces en plus :

  • la nuit, rentrer toutes ses affaires (vêtements, nourriture…) dans le sac, les chaussures en-dessous, et recouvrir le tout de sa housse de pluie, contre la rosée
  • si le sac de couchage est mouillé par la rosée du matin (en altitude notamment), ne pas oublier de le faire sécher au vent et au soleil de midi.
  • consulter les prévisions météo sur Internet ; une météo sèche est fortement recommandée (sinon bonjour la galère…).

Pas de tente !

  • la tente est lourde à porter
  • la tente est interdite en Espagne (forte amende) tandis que le bivouac sans tente est toléré partout
  • la tente ne permet pas de voir les étoiles, ni d’éventuels rôdeurs
  • le bivouac sans tente est totalement invisible, donc bien plus sécurisant
  • si le temps est à la pluie, vous trouverez un bivouac avec un toit, ou vous irez en albergue (le confort moderne a du bon parfois !)

Pas de douche !

Pour beaucoup de pèlerins, le principal atout des albergues est… la douche de la fin d’étape. Et pourtant, il y a bien des alternatives à la douche sur le chemin, surtout par beau temps…

  • Je me lave toute la journée : dans les rivières, les fontaines, les réservoirs,…
  • Je lave aussi mon linge à midi dans les lavoirs, et il sèche sur moi ou pendant ma sieste.

Dormir à la belle étoile sur le Camino Francés Dormir à la belle étoile sur le Camino Francés

Les peurs…

Beaucoup des pèlerins que j’ai rencontrés envient mes nuits « mille étoiles » mais la peur les retient de m’imiter. Peur d’avoir froid, sans duvet de qualité, mais surtout des peurs plus ancrées en chacun de nous, qu’il faut du temps pour dompter.

La peur du noir, de la nuit…

Peur viscérale chez l’être humain, cette peur de la nuit sera vaincue dès que vous aurez passé votre première nuit dehors sans tente. Rien ne vous oblige à dormir seul(e) si c’est trop dur la première fois !

La peur des « bêtes sauvages »

Loups, ours, sangliers, chiens sauvages (à voir si ils existent vraiment, je vous cite ce que l’on m’a dit…) ne s’intéressent pas à une pèlerine solitaire. J’évite toutefois de dormir dans les bois ou sur une propriété privée (un chien qui aboie toute la nuit pour défendre son territoire peut s’avérer gênant pour le sommeil). On m’a également conseillé de « marquer mon territoire » car, paraît-il, les grosses bêtes sauvages n’aiment pas l’odeur de l’urine humaine !!!

IMG_2942 IMG_3015

Les petites bêtes

Les fourmis dorment la nuit, les moustiques (faciles à éloigner avec un répulsif) attaquent surtout à la tombée du jour ou dans des espaces couverts. Et en plein champ, pas de punaise de lit !

Les méchants zumains

Peu de pervers passent la nuit à arpenter les collines désertes à la recherche d’une pèlerine endormie, mais quelques règles de prudence sont toujours utiles pour dormir sur ses deux oreilles :

  1. S’installer le plus tard possible (au coucher du soleil ou juste après), ce qui n’empêche pas de repérer son endroit au préalable.
  2. Etre discret(e) : pas de tente, dormir derrière un mur, une haie,… caché(e) des routes et des maisons voisines, pas de lumière ni de feu (!)
  3. Ne JAMAIS demander l’autorisation ni dire que vous dormez dehors. La seule mésaventure que j’ai eue fut la visite nocturne du propriétaire d’un champ où j’avais demandé à m’installer. Franchement, très désagréable… même si je m’en suis sortie avec quelques menaces et insultes bien senties en espagnol.

A ce sujet, lire mon article « une femme seule sur le chemin, dangereux ?« .

La peur de la solitude

J’avoue que les rencontres dans les gîtes m’ont parfois manqué, aussi ai-je parfois suivi le conseil d’un pèlerin qui payait sa nuit en albergue (prix modique en Espagne), passait la soirée avec les pèlerins et allait ensuite dormir plus loin, dans un champ. À faire uniquement dans de chouettes refuges qui créent une vraie fraternité entre les pèlerins, comme les refuges paroissiaux ou associatifs. Certains refuges ont un jardin ou un patio où vous pourrez dormir en plein air.

Mes plus beaux endroits de bivouac :

De Roncevaux à Burgos

Eunate : un petit détour de 3 km pour un des lieux de camping sauvage les plus calmes du Camino Francés, juste avant Puente la Reina.

Eunate

Dans la Meseta

Aucune difficulté pour loger à la belle étoile dans la Meseta, en particulier le long des variantes et des chaussées romaines, désertes. Pas de rosée en été et des champs de blé récemment moissonnés pour de délicieux matelas de paille.

Rabé de las Calzadas (12 km après Burgos) : une aire de repos ombragée avec une source 2 km après Rabé, à droite du chemin. Une petite oasis au début de la Meseta.

Castrojeriz : Belle étoile dans un champ derrière l’église de Nuestra Señora del Manzano, avec vue sur le château et petit bar sympa tout proche.

Itero de la Vega (6 km après Castrojeriz) : Refuge donativo San Nicolas dans une jolie chapelle avant le pont. Possibilité de passer la soirée au refuge et de dormir dans le jardin ou dans le champ voisin.

Calzadilla de la Cueza : sous la tour du cimetière, peuplée de chouettes effraie… Magnifique !

Sahagún : sous un saule pleureur au bord de la rivière, avec vue sur le pont. Attention, l’horloge sonne toutes les heures !

IMG_3790

Entre León et la Galice

Chozas de Abajo (18 km après León par la variante) : abri à l’entrée de l’église. Village accueillant et bar sympa juste à côté.

Hospital de Orbigo : éviter de coucher sous le pont, fort éclairé. Par contre, on peut dormir dans le jardin du sympathique refuge paroissial que je vous recommande chaudement pour l’hospitalité de Manuel, le curé.

Santa Catalina de Somoza : fontaine et bar dans le village, nuit dans un pré à la sortie de la localité, non loin du chemin.

Manjarín : mythique refuge sans aucun confort (ni électricité ni eau courante) mais très bel accueil. Vous pouvez dormir dans la montagne près du refuge si vous ne craignez pas la rosée ni le froid (on est à 1500 mètres d’altitude quand même). Panorama magique.

Columbrianos (5 km après Ponferrada) : à l’abri dans le porche de l’église.

Villafranca del Bierzo : un très bel accueil au gite Ave Fenix, avec repas et bénédiction. Ensuite, vous pouvez dormir près de l’église, qui est réellement « magique ».

IMG_3226 IMG_3625

En Galice

La météo de Galice est nettement plus capricieuse et humide que dans le reste du pays. Il faudra donc surveiller la météo, prévoir un toit en cas de repli nocturne et se méfier de la rosée.

O Cebreiro : Si le temps le permet, loger sur l’esplanade en haut de O Cebreiro (sur la droite en montant, près des tables de pic-nic). Panorama à couper le souffle garanti au réveil. Si la météo est mauvaise, arrêtez-vous à bar le sommet, au refuge paroissial de La Faba tenu par des hospitaliers allemands.

Filloval : j’ai dormi dans un pré privé, chez Manuel, car pas simple de trouver un terrain plat en descendant de O Cebreiro. Très belle vue et resto hyper sympa (le gite communal aussi est sympa si vous préférez).

Samos : possibilité de dormir près de la chapelle du cyprès. Lieu magique de chez magique. Rivière et restaurants tout près. Sinon le dortoir de l’abbaye est mythique et l’accueil y est assuré par des bénévoles.

IMG_3710  IMG_4169

Ferreiros : Évitez le refuge moderne et son bar (pas sympa), et descendez 100 mètres plus loin jusque la petite église romane. Le restaurant O Miraillos propose le meilleur menu pèlerin de tout le chemin. Et si il pleut, on vous y offrira aussi un lit pour la nuit !

Melide : J’ai dormi dans le parc près de la jolie église à la sortie de la ville (sur la gauche le long d’une petite rue qui monte). Très beau panorama sur la ville et des bars sympas pas loin de là.

San Paio (14 km avant Santiago) : À peu près le seul endroit agréable et calme pour dormir entre l’horrible O Pedrouzo et Santiago. Une sorte d’abribus devant une ravissante église, une fontaine (qui remplacera les ablutions rituelles à Lavacolla) et même un bar pour le café du matin :-)

Partagez cet article !
Cet article vous a plu ? Partagez-le sur Facebook ou sur Twitter ou laissez-moi un commentaire !